L'approvisionnement de Rome en blé
La Rome d'Auguste comptait environ un million d'habitants voire davantage. Un million de personnes, cela représente un grand nombre de consommateurs. Aucune cité du monde occidental n'atteignit ce chiffre avant le XVIIIème siècle. Rome ne put atteindre ce chiffre qu'en puisant largement dans les ressources de l'Empire tout entier.
Le montant réel des importations de blé était compris dans une fourchette de 200 000 à 400 000 tonnes. La quantité de blé qui arrivait à Rome variait d'une année à l'autre en fonction des récoltes dans les régions productrices d'excédents et des caprices de la météorologie maritime. Pour être certain de constituer les réserves nécessaires tous les ans et pour tenir compte des pertes lors du transport et du stockage, le gouvernement devait se fixer des objectifs supérieurs à la consommation réelle estimée. Rome importait beaucoup plus de blé qu'elle n'en avait besoin.
Le blé qui arrivait à Rome provenait en majeure partie de domaines privés. Il était perçu à titre d'impôt ou réquisitionné, ou bien acheté par le gouvernement ou bien encore vendu sur le marché.
Considérons les fournisseurs de blé. Il s'agit des grandes régions occidentales productrices d'excédents : l'Afrique du Nord, la Sicile, la Sardaigne, en ajoutant l'Égypte pour la partie orientale de l'Empire. Un texte de Pline l'Ancien montre que la Gaule, Chypre et l'Espagne fournissaient aussi du blé à Rome mais dans une moindre mesure.
[Les bateaux contenant les cargaisons de blé partaient surtout des ports de Carthage, d'Alexandrie, de Narbonne et arrivaient au port d'Ostie, situé à 20 km de Rome.]
D'après Peter Garnsey, Richard Saller, L'Empire romain, économie, société, culture, La Découverte, 1994.